Saturday, November 10, 2007

Fin du mouvement étudiant grec ou début d’un nouveau mouvement anti-CPE ?

Paru sur le site de l'APED le mardi 6 mars 2007


Le mouvement étudiant grec, qui dure depuis un an déjà, serait-il à sa fin ? La question est sur toutes les lèvres depuis que la ministre de l’enseignement, Marietta Yannakou, a annoncé que la loi-cadre serait votée au plus tard le jeudi 9 mars. Selon les journaux, les signes de fatigue sont évidents : plusieurs Assemblées Générales ont été perdues, plus des cent facultés ont arrêté les occupations et le nombre de personnes qui participent aux manifestations serait à la baisse. Toutefois le monde étudiant en lutte n’accepte pas l’enterrement facile de son mouvement.

« Il est vrai que beaucoup de facultés ont arrêté leur occupation, toutefois ceci ne signifie pas qu’elles arrêtent la lutte. C’est ce que la DAP (1) et le gouvernement veulent que les étudiants et leurs familles pensent. Cela fait partie de leur stratégie de démoralisation et désorientation du mouvement. La lutte continue, que les facultés soient ouvertes ou pas », déclarait un représentant étudiant hier.

Aujourd’hui nous comptons 266 facultés occupées. Plus des cents facultés ont ouvert leurs portes depuis la semaine passée. Il est clair qu’il y a une baisse et que les étudiants en lutte le savent. C’était, selon eux, prévisible : « ...après deux mois de lutte intensives, de débats incessants, de disputes entre groupes politiques, les féroces attaques de la DAP, la fatigue et l’usure allaient faire surface ». Par ailleurs, beaucoup d’étudiants votent contre les occupations que parce qu’ils ont peur de rater la session d’examens et le semestre de printemps-été, comme menace la DAP. Ces étudiants ne sont pas pour la loi-cadre pour autant.

Dans tous les cas, ceci ne décourage pas les étudiants qui savent que la lutte ne se réduit pas à une occupation (même si cela la facilite). Aujourd’hui lors d’une réunion d’un Comité de Coordination d’une faculté occupée, un étudiant de la PKS, organisation syndicale proche du PCG, disait : « notre cause est juste. Nous nous battons pour l’enseignement public et gratuit pour tous. C’est dans la rue que nous l’aurons, c’est dans les manifestations, les blocages de rues, les tractages, les actions multiformes et pas uniquement dans les occupations. Croire que le mouvement étudiant se limite aux occupations c’est tuer le mouvement. C’est croire aux analyses limitées faites pas la télévision et la presse qui enterrent le mouvement seulement parce que le nombre de facs occupées baisse... ».

Une raison de plus qui rassure les étudiants est que presque toutes les semaines chaque faculté a une ou deux Assemblées Générales (AG). Ainsi, une AG où gagne la proposition de la DAP peut être suivi d’une AG, la même semaine ou la suivante, où la proposition du Comité de Coordination (généralement un front de plusieurs groupes syndicaux) gagne. Le nombre des facultés occupées est fluctuant. Une baisse ne cache pas obligatoirement la mort du mouvement.

Le vote de la loi-cadre, fin ou élargissement du mouvement ?

La Ministre de l’Enseignement a déclaré ce week end que la loi-cadre passera par le Parlement cette semaine et qu’elle sera votée le jeudi 9 mars au plus tard. Selon certaines analyses, elle essaierait de profiter de la fatigue de deux mois de lutte étudiante pour passer la loi sans trop des réactions. Selon d’autres analyses, le Ministère de l’Enseignement s’en foutrait complètement du mouvement. Les pressions de la part de ceux qui on intérêt à ce que cette loi passe sont plus grandes que les pressions faites par le mouvement. D’autant plus que le gouvernement à été mis en échec dans sa volonté de réformer l’article 16. Au-delà du pourquoi, Yannakou veut le vote rapide de la loi cadre il évident qu’elle est décidée coûte que coûte.

Devant cette urgence imposée aux étudiants par le Ministère de l’Enseignement et le Parlement, le mouvement répond de manière inattendue pour ceux au pouvoir. Les Comités de Coordination de facultés en lutte de Thessalonique et Athènes appellent à des occupations des bâtiments administratifs de l’université ; aux blocages des rues, des autoroutes, des voix ferrées ; à des actions locales et nationales ; à des manifestations locales mercredi et une nationale à Athènes ; à l’ouverture du mouvement aux travailleurs comme seul garant du succès de cette lutte. Aux côtés des étudiants, nous trouvons leurs professeurs. Leurs syndicat (POSDEP), après leur 8eme congrès qui a eu lieu ce week end, a confirmé sa position que la loi cadre est « antidémocratique, inapplicable et anticonstitutionnelle » et pour cela ils continuent leur grève jusqu’à ce qu’elle soit retirée. Nous trouvons aussi le syndicat, OLME, des enseignants du primaire et du secondaire qui soutiennent les actions des étudiants et appellent à la grève le jeudi 9 mars. Nous trouvons aussi les organisations syndicales du personnel des universités, des travailleurs dans la construction, des employés, des fonctionnaires, des paysans (eux aussi en luttes depuis un mois) etc. Cela semble loin d’être fini. Le mouvement étudiant monte la pression et semble être soutenu par les travailleurs.

Pour les jours après le vote de la loi-cadre, les divers comités de coordination et la POSDEP ont déjà déclaré que la lutte ne s’arrête pas. « En suivant la voie tracée par la jeunesse et les travailleurs en France dans la lutte contre le CPE, nous aussi allons continuer notre lutte même après que la loi cadre soit votée. Le mouvement anti-CPE a montré qu’il est possible qu’une loi votée puisse être retirée si le mouvement populaire le veut. Nous n’arrêterons pas devant ce monstre qu’ils ont créé. Nous élargirons notre lutte. Nous serons des milliers. Nous l’avons dit des le départ...une lutte, une lutte, une lutte de longue haleine est notre réponse à l’Ministre de l’enseignement ». Rien n’est fait, le bras de fer continue. La Grèce : une nouvelle France ou nouvelle Oaxaca ?

1. Organisation syndicale étudiante liée à la Nea Dimokratia (le parti de droite en Grèce et celui qui est au gouvernement)

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